Douce imposture de Noël, chap. 12
Tous les jours du 1er au 25 décembre 2020, je publie ici sur mon blog un nouveau chapitre de ma romance de Noël. Elle est aussi disponible sur plusieurs sites (Amazon, Kobo, Apple Books…) Pour accéder aux chapitres précédents et à toutes les infos sur le livre, c’est ici.
VICTOR
VANESSA : Je ne veux plus jamais voir un sac de farine de toute ma vie.
Je souris en découvrant le SMS de Vanessa. Je viens de refermer derrière moi la porte de ma chambre, dans la tour d’angle. De l’autre côté des fenêtres, la campagne est noire et insondable quand je tire les lourds rideaux avant d’envoyer promener mes chaussures et de m’affaler sur le lit qui rend un horrible grincement. Je suis un peu gris, et infiniment soulagé d’en avoir terminé avec le dîner des retrouvailles familiales.
VICTOR : Mes gâteaux sont prêts ?
VANESSA : Oui. Je te les apporte en brouette demain matin, si ça te va. Mais je te préviens qu’ils sont sans doute immangeables.
VICTOR : Ça m’étonnerait. Si tu fais les biscuits comme tu prépares les sandwichs, je dirais que j’ai misé sur la bonne pâtissière. Ils sont décorés ?
VANESSA : Partiellement. C’est un travail de longue haleine. Il y a des vermicelles multicolores et du glaçage au citron. Tous ceux que tu mangeras, je ne serai pas obligée de les engloutir à force d’ennui.
C’est facile de parler à Vanessa, parce que je ne la connais pas vraiment, et parce qu’elle n’est pas vraiment ici. Et puis j’ai l’impression malgré tout de l’avoir entrevue hier soir, quand elle a lâché ses cheveux et qu’elle s’est comportée, non plus comme une gamine dans une doudoune moche, mais comme une superhéroïne. C’est à cette fille-là que je parle, qu’elle existe ou pas.
Je crois qu’il faut que je confie à quelqu’un mon désarroi après ce dîner en famille où Ludo a été exceptionnellement lourd, mes cousins sidérants d’arrogance, ma famille proche délectable comme toujours, et Irène plus fascinante que jamais.
VICTOR : Tu avais raison tout à l’heure. Je dis ça dans un dernier moment de lucidité. Cette fille est dangereuse pour moi. Rappelle-moi pourquoi je ne dois pas m’approcher d’elle.
VANESSA : Tu ne dois pas t’approcher d’elle parce qu’elle t’a fait du mal. Et maintenant, de deux choses l’une : soit elle n’en a même pas conscience, soit elle sait, et malgré tout, elle est prête à recommencer.
VICTOR : Elle ne m’a pas fait de mal. Je me suis fait du mal tout seul, quand elle est partie.
VANESSA : Oui mais moi je suis dans ton équipe, je te soutiens en dépit du bon sens. C’est comme ça que ça marche dans les équipes. Éloigne-toi de cette femme, Victor, ou ça va mal se terminer pour toi, et tu le sais.
Vanessa est dans mon équipe ? Cette pensée me fait sourire. J’ai une superhéroïne dans mon équipe, qui sait faire les gâteaux et qui a des chèvres.
VICTOR : Tu ne voudrais pas venir me le répéter en personne ? Mettons, environ cent cinquante fois par jour ?
VANESSA : Tu veux que je l’écrive sur tes gâteaux ? Mais je ne vais pas le faire ce soir, parce que la ferme se réveille tôt le matin, même en hiver, et là, je suis vannée.
Une idée stupide me traverse la cervelle et j’ai trop bu pour la démonter complètement avant qu’elle n’entre dans la conversation.
VICTOR : Non. Ça me ferait plaisir que tu viennes ici, pour me le dire en personne. Tu n’aurais qu’à rester à déjeuner ? Demain ? Si tu n’as pas trop de choses à faire avant Noël ?
VANESSA : Tu rigoles ? Aller déjeuner au Bourg ? ALLER DÉJEUNER AU BOURG ? C’est mon rêve de gamine.
Le SMS est aussitôt suivi d’un deuxième.
VANESSA : Je plaisante. Ça me ferait plaisir de te voir et de faire diversion cinq minutes. Mais je ne suis pas sûre d’être l’invitée idéale pour toi. Je n’ai pas apporté de vêtements de gala, notamment.
VICTOR : On s’en fiche.
VANESSA : Pardon, mais non, on ne s’en fiche pas.
Je fais la moue. Bien sûr, elle a raison.
Je commence à composer ma réponse :
VICTOR : Je te jure que les gens qui comptent s’en fichent. Les autres pensent ce qu’ils veulent…
Et puis je l’efface. Ce n’est pas un coup très sympathique à faire à quelqu’un que l’on aime bien. On n’attire pas ses amis, ou ses présences amicales, dans ce genre de traquenard. J’écris cette fois :
VICTOR : Si tu n’as pas de vêtements assez prout-prout pour vivre cette expérience de princesse, je peux demander à ma sœur de te dépanner. Ça lui fera sûrement plaisir. Vous faites sans doute à peu près la même taille.
VANESSA : C’est très gentil, mais je ne vais pas me changer derrière un buisson !
VICTOR : Mais non. Je t’apporte la panoplie à la ferme. Comme ça tu me donnes mes gâteaux, je fais la connaissance d’Heckel et Jeckel, et tu me raccompagnes au château. Le plan parfait. Onze heures demain ?
VANESSA : Je….
VICTOR : Allez. S’il te plaît.
Elle cède et je pose le téléphone sur la table de nuit, le sourire aux lèvres. Pendant les dix minutes qu’a duré cet échange, je n’ai presque pas pensé à Irène.
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